jeudi 18 avril 2013

Un « signal faible » à suivre : la déconnexion

(MàR#167)


Les « Pure Paper » tels que « Le Canard Enchaîné » et « XXI » doivent se réjouir : la déconnexion devient tendance. Est-ce bien raisonnable ? 


La France compte 9,3 millions de déconnectés, soit 18,3 % de sa population. La majorité d’entre eux sont en réalité des non connectés qui n’utilisent pas Internet parce qu’ils ne peuvent y avoir accès pour des raisons techniques ou financières, ou encore parce qu’ils se méfient d’une technologie qui permet de tout savoir sur eux, voire de les escroquer.
Ceux-là ne sont pas du tout tendance, à la différence des « Digital Detox », ces déconnectés volontaires auxquels l’agence Dagobert vient de consacrer une intéressante étude.


Même si la déconnexion curative n’est pas actuellement un mouvement de masse, le phénomène interpelle car il concerne essentiellement des populations jugées stratégiques par les médias, les annonceurs et les agences : des 25-49 ans, CSP+ et plus diplômés que la moyenne, qui revendiquent ce nouveau comportement comme un anticonformisme et une preuve de profondeur.

Les « Digital Detox » ont leur maître à penser, en la personne du bloggeur addict Thierry Crouzet qui a raconté dans un livre (imprimé) à succès ses 6 mois d’abstinence. Ils louchent du côté de l’Amérique qui dispose déjà d’un « National Day of Unplugging » et où des petits malins proposent (en ligne ?) des kits de « Social Rehab » et des cures de désintoxication numérique mêlant le travail sur soi et le sport à la redécouverte du corps et du plaisir de pousser des grands cris dans la nature.

Pour ne pas rester au bord du chemin, les marques s’adaptent. Dans son étude, l’agence Dagobert donne des exemples édifiants : une chaîne d’hôtels garantis non connectés ;  Burger King qui offre un de ses sandwiches à ceux qui ont le courage de sacrifier 10 amis Facebook ; Diesel qui promeut ses baskets en moquant les chaussures connectées de Nike ; Volkswagen qui vient  de décider que les BlackBerry de certains de ses collaborateurs ne pourront plus recevoir de courriels professionnels en dehors des heures de bureau ; les barres chocolatées Kit Kat qui installent dans les espaces publics des aires de repos « no wifi » pour inciter à retrouver les plaisirs de la conversation « physique » (qui est souvent l’amie du grignotage), etc.

Les défenseurs du « monde d’avant » ne doivent pas pour autant se réjouir. Les « Digital Detox » ne rejettent pas Internet, mais l’addiction à Internet. Pour les amateurs d’acronymes anglo-saxons, ils veulent rompre avec le FOMO (« Fear Of Missing Out ») au profit du JOMO (Joy Of Missing Out) qui consiste à ne plus utiliser le web que par plaisir et utilité.


Pour se reconnecter avec les « Digital Detox » et éviter que les connectés ne soient tentés de se débrancher, les marques et les médias doivent écouter les conseils de l’agence Dagobert : être celui qui ne harcèle pas en supprimant la sur-sollicitation qui entraine la « e-pression » ; éviter de s’exprimer en ligne à tout bout de champ et sans vraie raison ; ne proposer des interactivités que lorsque elles apportent vraiment un surcroit d’utilité ou de plaisir et non des complications de navigation ; veiller à la cohérence « On/Off » en laissant aux produits physiques toute leur place.




jeudi 11 avril 2013

La presse, moteur du développement des e-books

(MàR#166)

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En France, les e-books ne représentent que 0,6 % du marché global du livre, alors plus de 100.000 œuvres sont disponibles en format numérique, que 3,6 millions de tablettes (contre 1,5 million en 2011) et 300.000 liseuses ont été vendues en 2012 et que 41 % des possesseurs envisagent de lire des e-books. La presse commence à comprendre qu’elle a une carte à jouer.

Bien sûr, les ventes de e-books en France ont progressé de 80% entre 2011 et 2012 et le CA des livres numériques pourrait représenter 3% du marché du livre en 2015. Mais nous sommes très loin des Etats-Unis où un livre vendu sur cinq l’est en format électronique, ou de la Grande-Bretagne où les e-books représentent déjà 13% des ventes.

Les raisons sont connues : des prix souvent supérieurs à ceux des livres de poche qu’expliquent les différences de TVA et le désir des éditeurs de maximiser leurs marges ; le souhait légitime des professionnels de préserver le réseau des libraires ; la difficulté de promouvoir les e-books sans budget publicitaire ni mise en avant dans les points de vente.

Sans bruit, les éditeurs de presse testent le marché. En 5 ans, Médiapart.fr a publié une trentaine de e-books sur différents sujets d’actualité ; « Sud-Ouest » s’est lancé il y a 2 ans sur le thème du rugby et vient de transformer l’essai avec « L’affaire Cahuzac » ; « Libération » a publié l’année dernière 5 livres numériques dédiés à la présidentielle ; « Le Figaro » est en pleine promotion d’un livre numérique consacré aux débats sur le mariage homosexuel ; « Paris Match » fait le buzz avec un e-book consacré à son enquête sur le tableau « L’origine du monde » ; Atlantico.fr fête son deuxième anniversaire avec le lancement, en partenariat avec les éditions Eyrolles, d’une collection originale de résumés de livres conçus pour mobiliser 30 à 50 minutes d’attention …

Ces initiatives de la presse et des Pure Players généralistes doivent être suivies de près par les éditeurs plus spécialisés, qu’ils soient grand public ou tournés vers des cibles professionnelles.

Ils disposent en effet de contenus experts qui peuvent être repackagés, travaillent avec des journalistes qui peuvent devenir auteurs et peuvent faire de la vente directe via leurs supports imprimés et leurs bases de données.

Comme les médias d’information, ils peuvent adopter des politiques de prix bas, proches de ceux des applications qui ont pour défaut de ne se vendre qu’une fois ; les e-books créés à partir de contenus pré-existants sont commercialisés entre 1,90 et 3 euros et les inédits que prépare Atlantico.fr seront proposés à 6 ou 7 euros.

Enfin, pour ces éditeurs spécialisés, l’offre de e-books peut s’élargir aux ouvrages numériques conçus par d’autres, via leurs e-boutiques, et à la diffusion de « livres blancs » conçus par les annonceurs désireux de communiquer à partir de contenus informatifs.